Fiction lesbienne vs. lesfic, ou pourquoi I’d rather read (and write) in English

J’ai commencé à écrire ce texte en introduction à la critique d’un roman français, mais j’ai finalement décidé de séparer les deux. Il me paraissait injuste envers le livre et son autrice de consacrer autant de lignes aux raisons pour lesquelles je préfère lire en anglais, plutôt qu’à ce que j’ai aimé ou non dans l’ouvrage en question.

Je lis (et chronique) peu de livres en français et ce n’est pas un hasard. La première raison, c’est que je lis essentiellement de la lesfic (fiction lesbienne). S’il existe de plus en plus de livres francophones, il ne faut pas se leurrer, le choix en anglais est infiniment plus grand, et donc la qualité aussi.

Deuxième raison: je lis couramment en anglais depuis que j’ai 13 ans (merci maman), et le faire dans une langue qui n’est pas celle dans laquelle je vis a l’avantage de me projeter aussitôt dans l’histoire, de m’éloigner plus vite de ma réalité. Une partie du travail d’évasion est déjà faite.

Dernière (je crois) raison: la souplesse, le rythme de l’anglais correspondent mieux à ma façon de penser, et donc d’écrire. C’est une langue, aussi, qui pardonne bien plus facilement et permet toutes sortes d’excentricités et de néologismes, au contraire de ma langue maternelle, sauf à avoir le talent d’un Claude Ponti. L’anglais se prête également beaucoup mieux au style oral même à l’écrit, et je peux flanquer des gonna et des that’ll à tout va sans hésiter. Va squeezer une négation dans une critique de livre en français et garder un tantinet de crédibilité…

Le français est plus rigide, plus régulé, plus exigeant, ne tolère ni lourdeur ni répétition. Il est, partant, plus long à écrire, et la patience n’est pas mon amie. Mon rapport au français me rappelle cette scène de The Philadelphia Story (Indiscretions), où Tracy Lord, incarnée par l’immense Katharine Hepburn, se désespère que les hommes la mettent sur un piédestal et la vénèrent alors qu’elle ne veut être qu’une femme, pas une idole (à partir de 1’15 dans la vidéo ci-dessous). Cette comparaison n’est pas hyper flatteuse pour moi, puisque ces crétins, en l’espèce, c’est moi.

Tout ça pour dire qu’un livre en français part avec un net désavantage s’il m’est soumis pour critique. D’autant que l’intransigeance que j’ai le sentiment de devoir m’imposer, ce respect d’une langue qui ne demande qu’à évoluer, je les applique aussi aux autres. Il est rare que je m’extasie sur une phrase, que je la savoure, que je la note pour m’en souvenir. Je ne nommerai pas les quelques personnes dont le style en français me charme, ce serait m’exposer à un soupçon de favoritisme (il se trouve que je suis entourée de gens dont j’aime l’écriture et que si je sais que je suis capable de recul et d’impartialité, il faut me connaître pour me croire). Il est courant en revanche que je réécrive mentalement une tournure, que je raccourcisse, que je reformule, que je m’agace. Déformation professionnelle, sans doute.

En conclusion, I’ll probably keep sticking to lesfic, written in English. I read and write because I love reading and writing. It’s fun and therapeutic – not always at the same time –, and I don’t want it to become something I have to do. I do it for love. Life is short. Love is everything.

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